On sait M. Sarkozy adepte des coups de sang et des passages en force. Désireux de laisser sa marque en matière institutionnelle, il bricole une réforme tout aussi dangereuse, irraisonnable que démagogique.
Démagogique car elle se fonde sur de mauvais principes. On ne réforme pas l’édifice institutionnel en invoquant l’économie que représenterait la réduction du nombre de ces trop coûteux élus. Les comptes ont été faits : la suppression des conseillers généraux et territoriaux au profit des conseillers territoriaux occasionnera une « économie » bien discutable (un rapport du cabinet KPMG a d’ailleurs conclu que la réforme aurait un cout plus qu’elle n’apporterait des économies) tandis que le bouclier fiscal de M. Sarkozy a coûté 578 millions d’euros pour la seule année 2008…
Irraisonnable car cette réforme est menée sans ordre ni méthode autre que la rancœur à l’égard de collectivités auxquelles l’Etat reproche sans cesse leurs dépenses tout en leur imposant toujours plus de charges compensées. A-t-on idée de réformer la taxe professionnelle avant même de connaître la future organisation institutionnelle de notre pays ? Le bon sens aurait voulu le contraire et, encore une fois, hélas, M. Sarkozy met la charrue avant les bœufs.
Dangereuse car elle remet en cause l’équilibre et la dynamique de nos institutions qui, privées de ressources propres, ne pourront plus pourvoir aux besoins de nos concitoyens. Qui plus est, avec cette créature hybride que sera le conseiller territorial, les Conseils régionaux vont reculer de 25 ans pour n’être plus gouvernés qu’en fonction de considérations trop locales. Aussi nobles soient-ils, les enjeux locaux priveront les Régions de la vision innovante et structurante qui est la leur et qui fait leur succès.
Ce que propose le Président de la République, c’est pire qu’une mauvaise réforme. C’est une réforme qui tue les principes de liberté, d’esprit d’entreprise et de solidarité qui ont animé jusqu’ici les collectivités. C’est la décentralisation qu’on assassine alors même que chacun y voit la grande réforme de ces trente dernières années. En moins de trente ans, les collectivités ont en effet montré qu’en proposant une écoute de proximité, en fournissant des réponses concrètes aux besoins des forces et vives et acteurs économiques, on pouvait réformer notre pays, moderniser nos collèges et lycées, dynamiser nos territoires et accroître le potentiel de nos entreprises.
L’Etat, jaloux de ces prérogatives, veut aujourd’hui reprendre des rênes qu’il a lâchées depuis trop longtemps et remettre la main sur les finances des collectivités. Cette manœuvre, dénoncée par les amis mêmes de messieurs Fillon et Sarkozy, est stérile et vouée à l’échec. Il ne faudrait pas qu’à trop se couper de la France et de ses territoires, le Président de la République prive le pays d’une dynamique dont nous avons plus que jamais besoin en ces temps de crise.